La modification du 15 décembre 2025 à la Loi sur la citoyenneté du Canada a mis fin à une restriction vieille de quinze ans qui avait discrètement privé des millions de personnes de leur héritage. Avant cette date, seule la première génération née à l'étranger d'un parent canadien pouvait transmettre la citoyenneté. Après celle-ci, toute personne vivante le 15 décembre 2025 avec un ancêtre canadien documenté n'importe où dans l'arbre généalogique est devenue citoyenne canadienne d'un trait de plume.
Le changement est rétroactif. Il ne nécessite pas de demande pour entrer en vigueur — la citoyenneté s'attache automatiquement au moment où la loi s'applique à une personne. Ce qui nécessite une demande, c'est la preuve de cette citoyenneté, le document qu'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada délivre pour que les gens puissent demander un passeport, enregistrer une naissance ou voter. Sans preuve en main, vous êtes toujours canadien ; vous ne pouvez simplement pas le démontrer à quiconque le demande.
Cette distinction est la source de la plupart des confusions. Lire attentivement la page d'admissibilité de canada.ca est important ici parce que le libellé est délibérément prudent : une personne est citoyenne, la preuve confirme ce qui est déjà juridiquement vrai.
Ce qui a changé le 15 décembre 2025
L'ancienne règle pré-2026, en termes simples : un parent canadien né à l'étranger pouvait transmettre la citoyenneté à son enfant, mais cet enfant ne pouvait pas la transmettre aux petits-enfants nés à l'étranger. Le petit-enfant devait présenter une demande par naturalisation ou parrainage familial comme n'importe qui d'autre, même si l'un de ses grands-parents était canadien.
La nouvelle règle supprime ce seuil. La citoyenneté circule désormais dans la lignée familiale indéfiniment, avec une condition pratique : chaque génération après la première génération née à l'étranger doit démontrer un lien substantiel avec le Canada avant de pouvoir elle-même transmettre la citoyenneté à des enfants nés à l'étranger à l'avenir. Le « lien substantiel » est défini comme au moins 1 095 jours (trois ans) de présence physique au Canada à tout moment dans la vie du parent avant la naissance de l'enfant.
Pour toutes les personnes vivantes le 15 décembre 2025, le critère du lien substantiel ne s'applique pas. La date limite est prospective, non rétrospective. Toute personne née avant cette date hérite indépendamment du nombre de générations.
Qui est réellement admissible
Trois groupes, chacun avec une piste documentaire différente :
Groupe un — descendants directs de Canadiens nés à l'étranger avant le 17 avril 2009. Avant le projet de loi C-37 (2009), la citoyenneté par filiation n'avait aucune limite de première génération. Les personnes de ce groupe ont toujours été canadiennes sur papier ; beaucoup ne se sont jamais donné la peine de la réclamer. La réforme de 2025 ne change rien pour elles en matière d'admissibilité, mais elle facilite la réclamation parce que les systèmes de traitement d'IRCC sont maintenant conçus pour les demandes de filiation à grande échelle.
Groupe deux — descendants de deuxième, troisième, quatrième génération qui ont perdu sous la limite de 2009. C'est le plus grand nouveau bassin. Toute personne dont le grand-parent, arrière-grand-parent ou ancêtre plus éloigné canadien était citoyen au moment de sa naissance hérite maintenant, à condition que la lignée soit documentable.
Groupe trois — toute personne qui descend d'un citoyen canadien décédé avant sa naissance. L'ancienne loi comportait une complication de « parent décédé » qui laissait certains descendants de décès pré-2009 dans une zone grise. La réforme clarifie que la filiation fonctionne également par l'intermédiaire de Canadiens décédés, rétroactivement jusqu'à la confédération.
Ce qui ne change pas :
- La citoyenneté ne peut pas passer d'un parent non canadien, même si la lignée familiale de l'autre parent est admissible au Canada. Les deux lignées doivent être retracées séparément.
- Les enfants adoptés suivent un parcours distinct (l'attribution par adoption en vertu de l'article 5.1 de la Loi), et non la filiation.
- Les personnes qui ont perdu la citoyenneté canadienne en vertu de lois antérieures (femmes mariées avant 1947, « enfants de guerre », travailleurs du service extérieur) sont rétablies par le projet de loi C-71, et non par la règle de filiation. Nous couvrons ce groupe dans Projet de loi C-3 : Citoyenneté canadienne rétablie par filiation pour la plupart des personnes nées à l'étranger.
Documenter la chaîne
C'est là que la plupart des réclamations réussissent ou échouent. La demande de preuve de citoyenneté d'IRCC exige une chaîne documentaire ininterrompue du demandeur jusqu'à l'ancêtre citoyen canadien. La chaîne est constituée de documents d'état civil — naissance, mariage, décès — délivrés par la province ou la juridiction où chaque événement s'est produit.
Les documents manquants ne font pas automatiquement échouer une réclamation, mais ils forcent le demandeur sur une voie de preuve alternative qui prend considérablement plus de temps. Les registres de baptême catholiques, les registres d'inhumation d'église, les manifestes de navires et les recensements américains ont tous été acceptés comme substituts dans les cas où l'enregistrement civil n'existait pas encore ou où le document original a été détruit dans un incendie (l'explosion d'Halifax, l'incendie de paroisses au Québec pendant les rébellions de 1837 et plusieurs incendies de palais de justice en Nouvelle-Angleterre ont tous créé des lacunes documentaires que les généalogistes contournent encore).
Pour les Américains spécifiquement — et la loi en a rendu des millions admissibles du jour au lendemain — le lien passe généralement par un arrière-arrière-grand-parent québécois qui est parti pour la Nouvelle-Angleterre entre 1840 et 1930. La Grande Hémorragie, comme l'appellent les historiens, a déplacé environ un million de Canadiens français vers le sud, et leurs descendants sont maintenant dispersés dans le Maine, le New Hampshire, le Vermont, le Massachusetts, le Rhode Island et le Connecticut. Patrick White, un chercheur qui étudie ces migrations, estime qu'environ un quart des habitants actuels de la Nouvelle-Angleterre descendent d'au moins un ancêtre canadien. Nous décortiquons la démographie de ceci dans La Grande Hémorragie — comment 1 million de Québécois sont devenus des habitants de la Nouvelle-Angleterre.
L'exemple Jolie, démystifié
La mère d'Angelina Jolie, Marcheline Bertrand, était américaine de naissance. Le père de Bertrand, Rolland, était également né américain — mais les parents et grands-parents de Rolland étaient tous québécois. Des chercheurs de Perche-Québec ont retracé la lignée de Marcheline jusqu'à ses arrière-arrière-grands-parents jusqu'à Zacharie Cloutier, l'un des colons français originaux arrivés au Québec dans les années 1630.
En vertu de la règle pré-2026, Angelina Jolie n'héritait rien de cette lignée — trop de générations éloignées. En vertu de la nouvelle règle, elle est devenue canadienne automatiquement le 15 décembre 2025, tout comme sa fille Shiloh, née en Namibie en 2006 de deux parents américains qui se trouvaient tous deux avoir une ascendance canadienne. Shiloh n'avait pas besoin d'être née au Canada, élevée au Canada ou d'avoir un quelconque lien avec le Canada. La lignée seule suffisait.
La raison pour laquelle le cas Jolie a attiré l'attention n'est pas qu'il soit exceptionnel. C'est que la famille avait déjà payé pour la recherche généalogique il y a des années pour des raisons sans rapport. La plupart des Américains nouvellement admissibles n'ont pas cette recherche faite. La faire correctement est le goulot d'étranglement — voir notre analyse approfondie sur Retracer l'ascendance canadienne avec l'ADN, Ancestry.com, MyHeritage et FamilySearch.
Qu'en est-il de la citoyenneté par filiation par ascendance autochtone
L'article 35 de la Loi constitutionnelle reconnaît les peuples des Premières Nations, inuits et métis, mais le statut autochtone et la citoyenneté canadienne sont des catégories juridiques distinctes. Une revendication d'ascendance autochtone ne crée pas, en soi, une revendication de citoyenneté canadienne en vertu de la règle de filiation. Ce que la réforme de décembre 2025 a fait, c'est supprimer un obstacle pour les descendants d'Indiens inscrits qui ont perdu ou n'ont jamais enregistré la citoyenneté canadienne parce que leurs familles ont vécu l'ère d'émancipation de la Loi sur les Indiens. Pour ces familles, la règle de filiation et l'enregistrement du statut en vertu de la Loi sur les Indiens sont deux voies parallèles vers la reconnaissance, chacune avec ses propres exigences documentaires. Nous couvrons les détails dans Revendications de citoyenneté par filiation autochtone et métisse en vertu de la réforme de 2025.
Pièges d'admissibilité courants
Quelques schémas reviennent assez souvent pour mériter d'être nommés :
- La règle de « l'ancrage » mal lue. Certains demandeurs pensent qu'ils ont besoin d'un ancêtre canadien qui détenait réellement un passeport canadien. Ce n'est pas le cas. L'ancêtre doit avoir été citoyen canadien au moment de la naissance du descendant, ce qui pour toute personne née avant 1947 signifie un sujet britannique domicilié au Canada en vertu du régime de nationalité pré-1947. La plupart des Québécois qui sont partis pour la Nouvelle-Angleterre dans les années 1800 sont admissibles en vertu de cette règle plus ancienne même si le concept moderne de « citoyen canadien » n'existait pas encore.
- Mauvaise lecture de la date limite. L'exigence de lien substantiel s'applique uniquement aux enfants nés le 15 décembre 2025 ou après. Toute personne née avant cette date bénéficie de droits acquis, peu importe la distance de l'ancêtre canadien.
- Confondre les règles de naissance à l'étranger avec les règles de naissance au Canada. Toute personne née au Canada est citoyenne par droit de naissance (avec des exceptions limitées pour les enfants de diplomates étrangers). La règle de filiation s'applique uniquement aux personnes nées à l'extérieur du Canada.
- Supposer que la double nationalité est automatique. La plupart des pays autorisent la double citoyenneté, mais quelques-uns — dont l'Inde, la Chine et l'Arabie saoudite — la restreignent. Devenir canadien par filiation peut avoir des conséquences imprévues si votre pays actuel de citoyenneté ne reconnaît pas le double statut. Les États-Unis l'autorisent explicitement ; les implications pratiques sont dans Double citoyenneté États-Unis-Canada et impôts — FBAR, formulaire 8938, déclarations T1.
Prochaines étapes si vous pensez être admissible
Il y a trois tâches préparatoires, dans cet ordre :
Identifier l'ancêtre canadien. Les dossiers familiaux, les recensements américains (les recensements de 1880 à 1940 enregistraient le pays de naissance et l'année d'immigration) et les registres paroissiaux catholiques sont les points de départ habituels. Où chercher ensuite dépend de si l'ancêtre venait du Québec, des Maritimes ou d'ailleurs — voir Retracer l'ascendance canadienne.
Construire la chaîne. Pour chaque génération entre l'ancêtre canadien et vous, vous avez besoin de trois documents — l'acte de naissance de la personne, l'acte de mariage (si mariée) et soit un acte de décès, soit une autre preuve qu'elle était le parent de la personne suivante dans la chaîne. C'est là que la plupart des demandeurs calent ; les documents sont dispersés dans plusieurs archives provinciales.
Demander une preuve de citoyenneté. Une fois la chaîne documentée, la demande elle-même (formulaire CIT 0001, frais de $75 CAD) est simple. Le traitement prend actuellement environ 12 mois. Nous parcourons le formulaire dans CIT 0001 — comment remplir correctement la demande de preuve de citoyenneté canadienne.
La nouvelle qui a éclaté au sujet d'Angelina et Shiloh Jolie en mai 2026 — rapportée d'abord par Maclean's et amplifiée par CIC News — n'est pas inhabituelle ; elle illustre simplement l'ampleur. Les généalogistes qui suivent ces choses estiment que la loi a rendu entre 4 et 7 millions d'Américains admissibles du jour au lendemain. Presque aucun d'entre eux ne le sait encore.
Source : Citoyenneté par filiation — admissibilité (canada.ca). Contexte de la réforme selon le projet de loi C-71, promulgué en vertu de la Loi sur la citoyenneté (L.R.C. 1985, ch. C-29).
Une petite partie de cet article — le soutien à la recherche, la vérification croisée des faits et la révision linguistique — a été assistée par des outils d'IA. Les décisions éditoriales, la vérification des sources et l'approbation finale restent du ressort de notre équipe.